Jeudi 24 avril 4 24 /04 /Avr 20:30

Bandundu

 

 

Le "champ-école paysan" augmente la production agricole

Bandundu

Le "champ-école paysan" augmente la production agricole

 

(Syfia Grands Lacs/ RD Congo) Grâce à l'apprentissage de nouvelles techniques agricoles, le "champ école paysan", les producteurs du Kwilu, dans la province du Bandundu au sud-ouest de la RDC, obtiennent de bien de meilleurs rendements.   

 

"En 2013, nous avons récolté 60 tonnes d’ignames dans un champ de quatre hectares, contre 55 tonnes en 2012 et moins de la moitié les années d’avant", témoigne Albert Kukotisa, président du Cadre des paysans d’Idiofa pour le développement (CPID). Dans le district du Kwilu, province du Bandundu au sud-ouest de la RDC, ils sont des centaines, les agriculteurs qui voient ainsi leur production agricole s’améliorer.

Ce bon rendement, ils le tiennent de la formation au "Champ-école paysan" (Cep). Initié en 2011 par l’USAID, le Cep constitue un groupe de 20 à 30 agriculteurs et agricultrices, volontaires et disponibles, qui se réunissent une fois par semaine dans un champ pour suivre une formation agricole. Selon les initiateurs du projet, le Champ-école paysan facilite ainsi l’apprentissage et l’intégration de nouvelles techniques de production agricole en tenant compte à la fois des capacités des apprenants et des ressources accessibles liées à l’écosystème. Ils sont accompagnés par un formateur dont le rôle est de les orienter à observer, trouver des causes et des solutions avant de réagir.

 

Près de 60 agriculteurs formés

La formation dure le temps d’un cycle de production du manioc (qui varie de 6 à 24 mois selon les conditions climatiques ou d'altitude). Dans le district du Kwilu, près de 60 agriculteurs ont ainsi été formés par le Champ-école paysan. Les premiers formés servent de relais auprès de leurs pairs. Ils apprennent entre autres le buttage et le billonnage, des techniques qui assurent le bon développement des racines (manioc, igname), un bon drainage dans les zones temporairement humides et aussi une manière de rassembler la terre fertile autour des plantes cultivées sur les sols les plus dégradés. L’ingénieur Didier Kulenfuka explique que le billonnage permet également de maîtriser plus facilement les mauvaises herbes en donnant aux plants cultivés un avantage de 10 à 20 cm de hauteur par rapport aux adventices. Cependant, le billonnage et surtout le buttage doivent être pratiquées avec discernement en tenant compte de la pente du terrain pour éviter l'érosion.

Expert en vulgarisation agricole, Grégoire Ngalamulume Tshiebue, explique que les notions de "participation", d’"appropriation" ou d’"implication" des acteurs paysans trouvent tout leur sens et sont centrales dans le Cep. "Toutes les activités sont orientées de manière à développer chez le paysan des capacités réelles d’identification, d’analyse et d’interprétation des situations et informations en rapport avec les problèmes de son champ, à l’aider à prendre des décisions adéquates basées sur l’analyse de ses propres observations et  à évaluer les résultats pour une réorientation judicieuse de ses interventions".

Cette stratégie consiste à faire apprendre aux paysans, "sur le terrain et non dans une salle de classe, des techniques culturales et des pratiques agro écologiques pour les rendre de plus en plus professionnels", relève Didier Kulenfuka, responsable d’Appui aux initiatives paysannes pour le développement, une Ong qui accompagne une cinquantaine d’organisations paysannes et de fermiers dans le district du Kwilu.

 

Pas de crainte pour l’avenir

Paysanne à Isingu, localité située 15 kilomètres de Kikwit, Chantal Kuhosa explique par exemple qu’en recourant à l’enfouissement, son champ de 30 ares lui a donné en 2013, sept sacs d’arachides, soit deux fois plus qu’en 2012, avant l’apprentissage des nouvelles techniques.

Tous n’approuvent cependant pas la manière de faire du projet "champ-école paysan". Denis Ngwarimba, un octogénaire habitué à pratiquer durant des décennies la même technique de culture sur brulis, est convaincu, lui, que "cette nouvelle pratique ruine la fertilité du sol". "Que deviendra, à l’avenir, le sol laissé par nos ancêtres ? Où mangeront nos enfants et petits-enfants ?", s’interroge-t-il. "Il n’y a pas de craintes possibles, rassure l’ingénieur Emmanuel Mulenda. Parce qu’une technique comme l’enfouissement  par exemple permet de mettre en terre des résidus végétaux pour fertiliser le sol".

  

Badylon Kawanda Bakiman 

 

 

  


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Jeudi 24 avril 4 24 /04 /Avr 20:27

Pierre Kilele Muzaliwa

RD Congo 

Les Congolais découvrent le commerce en ligne

 

(Syfia Grands Lacs/RD Congo) Faire des achats sur Internet est désormais possible pour les Congolais qui peuvent avoir une carte bancaire. Ce e-commerce leur donne accès à des produits européens ou chinois sans se déplacer, sans intermédiaire et rapidement.

 

Trois mois après avoir passé sa commande, Joseph, un habitant de Kinshasa est heureux de se voir livrer sa voiture. "Je suis entré sur un site de vente de voitures d’occasion japonaises. Après avoir opéré mon choix, j’ai demandé et obtenu la facture pro forma et le site m’a communiqué les modalités de paiement. J’ai fait le virement à l’aide de ma carte bancaire…Nous sommes restés en contact permanent par courriel net et j’étais informé à chaque étape jusqu’au moment où le véhicule est arrivé. J’ai reçu mon véhicule chez moi à la maison, clé en mains", explique-t-il longuement, tout joyeux.

Taty Nkuti, un technicien radio à Matadi, 350 km au sud-ouest de Kinshasa, a lui acheté les équipements de son studio en Chine sans y avoir mis les pieds. "Je ne pouvais pas réunir le coût du billet et de séjour, j’ai payé directement sur Internet. Peu de temps après, j’ai récupéré mes marchandises dans une agence à Kinshasa ou à Matadi", dit-il.

Des véhicules aux ordinateurs, des billets d'avion aux vêtements... des Congolais qui disposent d’un compte bancaire garni peuvent désormais acheter ces produits via des sites internet installés en France, Belgique, Dubaï, Japon, Chine... à l’aide de cartes bancaires de paiement international. La dizaine d’institutions bancaires implantées en RD Congo ces cinq dernières années délivrent à leurs clients qui en font la demande les cartes Visa, Mastercard ou Chinacard, la carte spécialement conçue par Rawbank pour faciliter les transactions de très nombreux commerçants congolais qui se rendent en Chine.

 

Articles bon marché

En limitant les intermédiaires entre les vendeurs et les acheteurs, ces achats en ligne offrent des prix intéressants. Joseph a dépensé en tout et pour tout 6 500$ tous frais compris pour l'achat de sa voiture alors que s’il s’était adressé à un vendeur à Kinshasa il aurait payé 9 500$ pour la même voiture.

Activiste des droits de l'homme, Me Cherine Luzaisu est devenue une habituée du commerce en ligne (e-commerce). Elle s'est inscrite sur showroomprive.com et venteprivé.com, des sites européens qui vendent en solde, bijoux, parfums, chaussures, chemises, téléphones, ordinateurs, meubles, aliments, etc. ''Depuis que j'ai fait cette découverte, je n'achète plus que sur Internet. Il y a par exemple des chaussures de qualité qui devaient se vendre à 195 € mais qui sont soldées trois fois moins cher...", explique-t-elle. Les habitués des achats en ligne mettent aussi en avant l'argument confiance. "Il y a quatre ans, affirme Guy Kinkani un courtier de Matadi, j’ai remis 4 000$ à un ami en France pour m'acheter une voiture. Je ne l'ai malheureusement jamais reçue. Quand je l'appelle, il est toujours éteint. Acheter en ligne vous épargne de ce genre d'escroquerie".

 

La prudence est de mise

Dans les banques, les agents insistent auprès de leurs clients sur l'intérêt de recourir aux cartes bancaires dans leurs transactions. ''Au lieu d'attendre longtemps au guichet, une carte bancaire vous permet de retirer rapidement et quand vous voulez votre argent, explique un agent de Bgfibank. En plus quand vous voyagez, cela vous évite d’apporter sur vous beaucoup d'argent liquide. Votre carte suffit". "Retirer de l'argent par carte bancaire ne fait perdre au client que 0,01 % contre 5 % lorsqu'il reçoit son argent au guichet", complète un autre agent de Procreditbank

Cependant les internautes doivent être vigilants car les arnaques sont nombreuses. Ainsi en est-il du "phishing" (hameçonnage), technique utilisée par les hackers pour usurper l'identité du titulaire du compte. En effet, se faisant passer pour une banque, ces derniers volent les coordonnées bancaires de gens qu’ils utilisent à leur guise. "La prudence doit être de mise pour éviter de se faire escroquer. N’acceptez jamais de répondre aux demandes complémentaires comme de fournir les mots de passe…", prévient un agent de Bgfibank qui affirme que "les banques prévoient toujours des mesures de sécurité qui rendent difficile le vol". Tous les sites sérieux ont aussi des systèmes pour s'assurer que la carte bancaire utilisée pour les payer est bien celle du client.

Alphonse Nekwa

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Jeudi 24 avril 4 24 /04 /Avr 20:25

Sud-Kivu

Malgré les efforts, le choléra continue de sévir

 

(Syfia Grands Lacs/Rd Congo) Le choléra a de nouveau sévi dans des nombreuses zones de santé du Sud-Kivu ces derniers mois. Le fréquent manque d’eau potable, l’inefficacité de l’assainissement du milieu, l’insuffisance du nombre de kits pour les malades… sont les principales causes de cette épidémie.

 

En seulement deux semaines de coupure d’électricité rendant la Régie de distribution d’eau incapable de fournir de l’eau potable, la ville d’Uvira a enregistré plus de 100 cas de choléra dont deux décès. Selon le Dr Aloys Kapama, médecin chef de la zone de santé d’Uvira, la chaine de transmission de cette pandémie demeure invaincue. "Durant cette période d’absence d’eau dans les robinets, les habitants s’approvisionnent dans les rivières Kalimabenge, Mulongwe et le lac Tanganyika qui sont des réservoirs incommensurables de microbes".  

Plus au nord, dans la zone de santé plaine de la Ruzizi, la situation est grave depuis février où 300 cas ont été recensés, regrette Dr Ghislain Ndugu, médecin directeur de l’hôpital général de référence de Sange, à 60 km au nord d’Uvira. Son établissement sanitaire continue d’enregistrer sept malades en perte d’eau et de sels minéraux en moyenne chaque semaine. Au Sud-Kivu, le tableau est sombre. Selon OCHA,  plus de 7000 malades ont déjà été enregistrés en 2013 au Sud Kivu. Rien que dans la zone de santé de Minova, dans le territoire de Kalehe, plus de 550 nouveaux cas sont signalés tous les mois. Selon le Médecin chef de zone de là, cette population riveraine n’a d’autres choix que de recourir à l’eau du lac où les agents qui la chlorent ne couvrent pas toutes ces entités (Numbi, Bulenga, Kalungu, …).

 

Des efforts non négligeables

Dans cette zone, certaines Ong encouragent désormais les habitants à construire des latrines hygiéniques. Pour les aider, elles fournissent à tout habitant, qui a déjà creusé un trou pour ses toilettes, une dalle afin de solidifier ces lieux d’aisances. Car de nombreux ménages au Sud-Kivu ne disposent pas de toilettes et, note le Dr A. Kapama, ceux qui ont la volonté d’en avoir, ne disposent pas des moyens suffisants. "Ceux qui sont au bord du lac, par exemple, doivent avoir des moyens consistants pour en construire car leurs terrains sont sablonneux".

Dans les rivières et lacs, seul recours des habitants dépourvus d’eau potable, des gens se permettent de se baigner en amont alors que d’autres puisent de l’eau à boire en aval. Mais ceux qui se baignent dans le lac Kivu ou dans la rivière Kalimabenge, à Uvira, sont désormais sanctionnés, par des amendes transactionnelles, à Minova aussi. Mais peu en sont dissuadés.

Dans la plaine de la Ruzizi. Pour le Dr Ghislain Ndugu, l’eau consommée par les habitants de certains villages est très chargée en terre, ce qui rend sa chloration inefficace. A cela s’ajoute le refus, par d’autres ménages, de boire de l’eau chlorée prétextant que le chlore dégage une odeur insupportable et ironisant qu’un Congolais ne meurt pas de microbes. Autant de pesanteurs qui retardent le processus de lutte contre cette maladie dans cette province.

Le Dr G. Ndugu fustige également le fait que l’appui des partenaires n’intervient que lorsque la maladie sévit. Pour lui, si les sérums Ringers lactate, permettant la réanimation des malades (8 à 9 par patient) leur étaient remis en permanence, cela réduirait le choléra. Rest que l’assainissement du milieu pour lutter contre les déchets doit être une priorité, note le Dr A. Kapama alors que son collègue de Minova insiste sur le renforcement du système de fourniture d’eau potable dans des nombreuses entités en province. Le respect des règles élémentaires d’hygiène reste cependant la première forme de prévention contre cette "maladie des mains sales", rappelle le Dr G. Ndugu : bouillir l’eau avant de la consommer, se laver les mains avec du savon ou des cendres avant de manger ou de retour des toilettes, manger des aliments bien cuits, éviter de manger des aliments exposés le long de la route, …

Pierre Kilele Muzaliwa

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Jeudi 24 avril 4 24 /04 /Avr 20:24

Bas-Congo

Les diabétiques refont confiance à la médecine moderne

 

(Syfia Grands Lacs/RD Congo) Dans la province du Bas-Congo, au sud-ouest de Kinshasa, les malades souffrant du diabète reviennent se soigner dans les hôpitaux après un détour chez les tradipraticiens qu’ils accusent de leur avoir vendu du vent…

 

Les malades qui souffrent du diabète, dans la province du Bas-Congo, sont formels : ils ne se feront plus avoir par des tradipraticiens. Ces derniers, dont certains arrivés de Kinshasa, disaient tout guérir même le diabète, considéré comme une maladie chronique. Après plusieurs mois passés à prendre des tisanes qui n’ont pas amélioré leur état de santé,  certains malades ont résolu de retourner se soigner dans les formations médicales classiques. "Quand on avait détecté la présence de sucre dans mon sang, j’utilisais régulièrement de l’insuline et ça marchait", explique Gaston Nzuzi, 60 ans révolus, habitant Matadi. Mais "après avoir suivi  à la télévision une publicité vantant un tradipraticien venu de Kinshasa et qui assurait guérir complètement le diabète à l’aide de plantes médicinales, je suis allé le consulter", confie-t-il.  Des solutions buvables qui n’en finissaient pas lui ont été concoctées. "Curieusement, je commençais à perdre du poids et de l’équilibre. J’ai résolu d’y mettre un terme et ai repris mes médicaments d’avant…", raconte le vieil homme. 

 

Vaste escroquerie

Comme Gaston Nzuzi, de nombreux malades se rendent compte après qu’ils ont été dupés. "Je suis fatigué de cette ruse à grande échelle", clame Marcel Vidi, un diabétique qui a juré de ne plus jamais revoir un guérisseur.Martine Sikila, également diabétique, est très amère quand elle évoque ce qu’était son traitement. "Je buvais mes propres urines chaque matin pendant un trimestre pour l’élimination totale de mon diabète. Curieusement à chaque contrôle, le taux de sucre restait inchangé", rapporte-t-elle.  

Depuis quelques temps, des charlatans ont pris d’assaut les villes, centres et agglomérations de la province du Bas-Congo, assurant guérir les populations du diabète, Sida, de l’hypertension et de bien d’autres maladies. Ils prétendent même soigner les maladies dites chroniques, juste avec de potions traditionnelles à base des tisanes, souvent sans doses connues.

A la division provinciale de la Santé, le Dr Denis Lemba, chef de Bureau 4 (chargé des ripostes aux maladies et épidémies) soutient que "le diabète est dans la catégorie des maladies chroniques. Ces thérapeutes peuvent avoir des produits pour guérir la glycémie,  mais pas le diabète". Il en veut pour preuve les nombreux diabétiques qui, après avoir été de tradipraticiens en tradipraticiens, "finissent par venir chez nous pour une prise en charge correcte, professionnelle et responsable…". Son collègue, le Dr Taty Mawanda pense que se rendre dans un hôpital "permet de faire un meilleur suivi et une bonne constitution d’une banque des données pour la province". La province a ainsi pu enregistrer, en 2012, 2 943 cas de diabète, dont  52 décès. "Ces  statistiques vous ne saurez les trouver ailleurs qu’à la division provinciale de la Santé", se targue le Dr Lemba.

 

Contrôle régulier

Selon des médecins, le contrôle strict du taux de sucre dans le sang est le principe fondamental du traitement du diabète. "Ceci passe en priorité par l’éducation du malade qui doit devenir en quelque sorte son propre médecin", dit le Dr Lemba. Le diabète traduit une élévation du taux de sucre dans le sang. Cette anomalie est due à une insuffisance ou une mauvaise utilisation de l’insuline par le pancréas. Sans traitement approprié, cette maladie peut être à l’origine de graves complications. Silencieux et discret, le diabète est une maladie qui peut longtemps passer inaperçue. Cinq ou dix ans peuvent ainsi s’écouler entre son apparition et son diagnostic.

Pour détourner les malades de l’hôpital,  des charlatans recourent aux médias locaux où ils font passer en boucles leurs messages. Mais la coordination provinciale du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication, l’organe de régulation des médias, mise au courant de la supercherie, a frappé. Elle a  interdit la diffusion de toutes les activités de la médecine "parallèle" dans les médias de la province. Le président de l’Ordre des médecins du Bas-Congo, Dr Louis Gomez, estime qu’il y a du travail à faire pour sensibiliser : "comment on peut attraper le diabète, ses conséquences et comment les malades doivent se comporter". Sans nier l’utilité des plantes médicinales dans certaines maladies, le Dr Louis Gomez recommande vivement aux malades de toujours consulter des médecins.

 

                                                                                                             Emmanuel  Lukeba

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Jeudi 24 avril 4 24 /04 /Avr 20:23

Goma

Partir loin pour le travail met en péril les familles

 

(Syfia Grands Lacs/RD Congo) Travailler loin des siens, c’est prendre le risque de multiplier les conflits familiaux. Nombre de pères de famille de Goma, la capitale du Nord Kivu, n’ont pourtant guère le choix.

 

Da Bibi en a assez de "vivre célibataire depuis une dizaine d’années !", se plaint-elle à son amie. Les deux femmes discutent dans le deuxième salon d’une maison du quartier Kasika, au nord-ouest de Goma. Une trentaine d’années, trois enfants, Da Bibi est mariée à un homme que le travail oblige à beaucoup se déplacer. Depuis peu, c’est pour une organisation internationale : "Il a été affecté dans le territoire de Masisi, où il travaille comme infirmier ambulant, et ce, pour quatre ans", raconte-t-elle tristement. Auparavant, après ses études terminées en 1999, son mari avait travaillé quatre ans pour une organisation locale du Sud-Kivu chargée d’enlever les mines, puis dans l’enseignement au Rwanda. Donc, calcule Da Bibi, "cela fait une dizaine d’années que je suis seule avec mes enfants".

Dans un foyer du quartier Himbi, Mavuno Eveline passe la plupart des soirées avec ses trois enfants, qui pleurent beaucoup. Le moins âgé demande souvent : "Maman, où est notre papa ? Comment il s’appelle ? Est-il beau comme toi ?". A 3 ans, il ne connaît effectivement pas son père. Non qu’il ait déserté le foyer, mais, à cause de son travail, il ne vient que pour de rares congés et ne reste alors que deux ou trois jours.


Dangers de séparation

Pour faire accepter leur absence, la plupart de ces pères couvrent leurs enfants de cadeaux. Attention cependant de ne pas penser acheter ainsi leur affection… Kisubi, père dans une autre famille, croit qu’il faut certes amener des cadeaux, mais pas pour se faire aimer ; autrement, si un jour il n’y a plus de présents, les enfants deviendront des ennemis.

Ces situations d’éloignement compliquent la vie de famille. Un autre agent travaillant pour une ONG internationale a pris une femme à Walikale, où il travaille depuis plus de cinq ans. Ses enfants comme sa première femme ont juré de ne jamais la recevoir à Goma. "Nos intérêts sont menacés. Il nous donnait auparavant l’argent de poche. Mais depuis ses relations avec cette femme, papa est devenu chiche. Il commence même à vérifier combien nous payons à l’école", se lamentent les enfants lors d’une réunion de réconciliation entre leurs parents dans le quartier Birere de Goma. Mais pour le père, "c’est normal d’avoir deux femmes. Celle de Walikale ne me servait que pour le petit ménage, et il fallait la récompenser. Mais elle ne viendra pas à la maison". A demi-mot, il se dit quand même ennuyé par les doubles dépenses…

Pour atténuer ce type de différends, Tchernozem Kambale, président de l’Association des travailleurs du Congo, demande aux employeurs de respecter le Code du travail qui recommande des jours de congé réguliers. Sylvestre Kilolo, agent au service de l’information publique de la Monusco, confirme de son côté que les jours de congé sont obligatoires pour tous. Mais, selon lui, beaucoup d’agents préfèrent ne prendre ces congés qu’une fois l’an, pour les cumuler et partir ainsi un ou deux mois entiers.

Cosmas Mungazi

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