Mardi 15 avril 2014 2 15 /04 /Avr /2014 15:45

RDC-POPULATION:
La famine gagne les cités minières au Katanga
Toto Kyanda – REPORTAGE

KOLWEZI, 5 mars (IPS) - (InfoSud) – L’abandon par les paysans de l’agriculture au profit de l’exploitation des minerais entraîne la famine dans les cités minières du Katanga, qui dépendent des importations de maïs de plus en plus coûteuses des pays d’Afrique australe. Pour éviter le pire, des ONG et les autorités locales essayent de renvoyer les gens au travail de la terre.

A Tchowelo, une cité minière de la périphérie de Kolwezi, à 300 kilomètres de Lubumbashi, la capitale du Katanga, les familles ne mangent plus à leur faim. La farine de maïs, qui constitue leur aliment de base, devient en effet une denrée rare.

Sur le marché local, le meka, petite mesure de 2 kilos de maïs, coûte les yeux de la tête. En l’espace de deux ans, son prix a plus que doublé, passant de 400 Fc (0,50 euro) à 1.000 Fc (1,30 euro). De quoi affoler les parents, qui ont souvent plus d’une bouche à nourrir. "C’est vraiment pénible pour moi", avoue Fanf Manengo, un père de famille de huit enfants qui travaille comme nettoyeur de minerais. A Mutoshi, à Kapata ou à Kasombo, d’autres cités minières situées aux alentours de Kolwezi, c’est la même galère. Kalenga Mwenze, une ménagère, explique qu’il faut pour une famille de taille moyenne de 5 à 6 personnes débourser environ 10.000 Fc (13 euros)) par jour pour préparer le "bukari" (la pâte de maïs) aux légumes, aux fretins ou aux poissons salés, contre 2.000 Fc (1,3 euro) auparavant. Un budget que peu de ménages peuvent réunir.

Du coup, "les conséquences sont désastreuses pour la population, notamment l’accroissement du taux de prévalence de la malnutrition", constate le docteur Jean-Claude Tembele, à l’hôpital général de Mwangeji, à Kolwezi.

La crise du maïs au Katanga était prévisible. Depuis que les agriculteurs se sont rués, ces dix dernières années, sur l’exploitation artisanale des minerais, leurs champs sont presque désertés et le maïs commence à manquer cruellement au Katanga. "Pourtant, avec la production locale, la province couvrait 60% de ses besoins", souligne Ilunga Numbi, chef du service urbain de l'Economie et de l’Industrie à Kolwezi. Aujourd’hui, le Katanga doit importer 80% de cette céréale de pays d’Afrique australe, comme la Zambie, le Zimbabwe ou l’Afrique du Sud.

Dans les cités minières, les agriculteurs convertis en mineurs semblent cependant se satisfaire de leur nouvelle vie. "En vendant une tonne d’hétérogénite (un mélange de cuivre et de cobalt, ndlr), je gagne 1.000 dollars en deux semaines", explique Augustin Mbuya Kawangu, tandis que Mbaya Lama, un agriculteur, dit n’avoir jamais gagné plus de 700 dollars en cultivant le maïs toute l’année. Le travail de la terre est souvent considéré comme difficile et ingrat.

Des ONG ont pourtant essayé de préserver l’activité, en distribuent des semences, des engrais ou des outils. Mais pendant la période de soudure, entre le semis et la récolte, soit de septembre à avril, les agriculteurs devaient demander de l’argent à ces ONG afin de tenir le coup. "Les ONG nous prennent pour des paresseux mais pourtant, nous devons faire quelque chose pendant la période de soudure pour avoir à manger. C’est pourquoi nous nous sommes lancés dans l’exploitation minière artisanale", explique Alexis Kalenga. Tout le drame est là. "Plus ils se sont intéressés aux minerais, plus ils ont consommé et épuisé les semences de la saison culturale suivante", constate Kat Kamin, responsable de l’ONG Le Berger. La crise du maïs s’est dès lors aggravée et pour essayer de l’endiguer, le gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, a sonné le holà.

Mi-2007, il a ordonné à toutes les entreprises minières de la province de cultiver chacune au moins 500 hectares de maïs, ce que faisait déjà la Gécamines, l’entreprise publique qui avait jadis le monopole de l’exploitation du cuivre et du cobalt au Katanga.

Le gouverneur voulait ainsi régler définitivement la question de la carence de farine de maïs et en même temps empêcher les femmes et les enfants de traîner dans les mines ou les carrières. Quelques entreprises se sont mises à la tâche à Kolwezi. Elles cultivent aujourd'hui environ 2.500 hectares, mais leur production, qui n’en est qu’à ses débuts, ne peut encore prétendre répondre aux immenses besoins des populations.

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Mardi 15 avril 2014 2 15 /04 /Avr /2014 15:43

Kolwezi : le cuivre et le cobalt tuent à petit feu

03-08-2007

RD Congo

Eliane Tshilobo, Toto Kyanda

(Syfia RD Congo) Des tonnes de cobalt et de cuivre sont tamisées et lavées à mains nues par les femmes, transportées sur le dos des hommes à Kolwezi, dans la province du Katanga, au sud de la RDC. Beaucoup de risques pour des salaires de misère. Reportage dans ces dépôts de minerais d'un autre âge…

Six heures 30 du matin. Salongo, la grande avenue du quartier industriel de Kolwezi, au sud de la République démocratique du Congo, est prise d'assaut, comme à l'accoutumée, par une foule de gens. Les nkwanda, (chameaux), c'est-à-dire des portefaix s'agglutinent devant la cinquantaine de dépôts de minerais installés sur cette avenue. Leur travail : charger et décharger les véhicules, soulever et porter à longueur de journée des tonnes de minerai sur leurs épaules pour, avouent-ils, "pas grand-chose ". Dans leur sillage, des femmes tamisent les minerais bruts et les lavent dans le Dilala, un ruisselet qui coule juste derrière les parcelles de Salongo, dont certaines font office de concessions minières. Puis, elles les mettent en sacs. Des travaux durs et risqués pour un salaire de misère. À 100 francs congolais (0,2 $) le sac de 100 ou 120 kg transporté, il faut vraiment mouiller sa combinaison de travail pour gagner sa vie à la fin de la journée. "Je soulève 25 sacs de 100 kg et je gagne tout au plus 2 500 FC (5 $) chaque jour", confie un jeune homme de 21 ans de petit gabarit. Ses compagnons le raillent. Pour eux, un homme "normal" doit transporter au moins 50 sacs par jour. "Si tu veux gagner beaucoup, il faut soulever un grand nombre de sacs. Aujourd'hui, je compte même aller jusqu'à 100 sacs…", lance, moqueur, Patient Mwamba, un nkwanda bien robuste.

L'argent avant la santé

Sans trop se soucier des risques de ce labeur pour leur santé, les portefaix estiment que "c'est le prix à payer pour totaliser 10 à 20 $ le soir, à la fermeture des dépôts". Les femmes, elles, gagnent 5 000 Fc (10 $) par jour chez Bazano, une concession minière de Salongo. Tous manipulent cobalt, cuivre et autre hétérogéniste (mélange de deux minerais) sans gants ni protection. Les opérations de tri soulèvent des poussières qui se répandent alentour, exposant toute la population à des risques d'irradiation et polluant le petit ruisseau voisin. "Les ions de l'uranium bombardent l'organisme des gens qui travaillent dans ces dépôts. Les mamans qui lavent les produits ne tiennent pas compte des infections ni de la contamination de cette eau", remarque Boniface Kyungu, un géologue du Bureau des mines de Kolwezi. On assiste à la "disparition des êtres vivants", ajoute-t-il. Il n'y a plus de poissons dans le ruisseau et les arbrisseaux qui le bordent ont été brûlés par la radioactivité. Médecin épidémiologiste de l'OMS à Kolwezi, le Dr Kalume Sabinti tire la sonnette d'alarme, et évoque les multiples risques liés à cette exploitation sans contrôle : lésions de la colonne vertébrale, silicose, tuberculose, stérilité, sans compter la propagation du VIH/sida par la prostitution qui se développe dans ces milieux.

Ordre de quitter la ville

Pour supporter la dureté de leur travail, les chargeurs ingurgitent de l'alcool et autres drogues. Les jeunes filles et les femmes qui exercent le petit commerce autour d'eux (vente d'alcool en sachet, de beignets, etc.) sont alors la "proie" de leur violence. Pour mettre un terme à tous ces problèmes et à enrayer la pollution du milieu, le gouverneur de la province du Katanga a pris une mesure radicale. En juin dernier, il a décidé de fermer tous les dépôts de minerais installés en pleine ville. Les exploitants, les négociants et tous ceux qui en dépendent ont obtempéré, le temps que les services urbains leur trouvent, comme cela leur a été promis, un site en dehors de la ville pour installer leurs dépôts. Mais la protection des chargeurs et des femmes chargées du tri des minerais y gagnera-t-elle ?

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Mardi 15 avril 2014 2 15 /04 /Avr /2014 15:40

RD Congo : payer pour passer dans la classe supérieure

(Syfia Grands Lacs/RD Congo) Certains parents ou élèves de la RD Congo payent les chefs d'établissement scolaires pour obtenir le document leur permettant de s'inscrire dans une autre école sans redoubler de classe, même s'ils n'ont pas réussi. Des fraudes qui ne font qu'abaisser le niveau scolaire général. A Lubumbashi, des écoles tentent de lutter contre cette corruption des enseignants.

"La vie coûte cher. Les frais scolaires et les autres frais d’intervention ponctuels perturbent le budget des parents qui, pour la plupart, sont sans emploi ou sous payés. Ce qui pousse certains à accepter que leurs enfants montent de classe par la fraude en changeant d’école même après avoir échoué pour éviter de dépenser doublement", tente d’expliquer un parent d’élève de Lubumbashi au sud-est de la RD Congo. Ici, comme ailleurs dans le pays, beaucoup d’élèves soutenus ou non par leurs parents préfèrent passer dans la classe supérieure même sans avoir réussi. Ils recourent à des faux documents obtenus moyennant de l’argent auprès des responsables d’écoles ou des faussaires de rue.
Ils peuvent ainsi changer trois voire quatre fois d'écoles au cours d’un même cycle secondaire de six ans. "Il devient de plus en plus difficile de trouver un élève terminer un cycle avec les bulletins d’une même école", s’étonne Daniel Munakongo, préfet des études dans une école privée. Directrice d’une école primaire, Marie Thérèse Mwakamba dit ne pas hésiter à renvoyer un enseignant qui tente de négocier la sortie des faux documents de son école: "Je m’indigne quand je vois un parent venir dans mon bureau, négocier un faux bulletin pour son enfant qui a échoué. Nous avons besoin d’une société consciente. Pour y arriver, il faut que nous formions bien ces élèves qui, à leur tour formeront les autres".
Certains parents en sont conscients. "Quand j’ai proposé à mon père de changer d’institution, sa réponse a été sévère. Il a dit niet. Il faut que je reprenne pour bien comprendre avant de monter de classe supérieure, affirme Trésor Tshiey, un étudiant redoublant. Il a même dit que payer deux fois une promotion ne le dérangeait pas si c’est le prix à payer pour mon développement personnel".

Des responsables se rejettent la faute
Officiellement l’Etat ne permet à un élève de changer d’école qu’à certaines conditions. "Il faut qu’il ait terminé le cycle, ou que ses parents soient mutés dans une autre zone, ou l’option de préférence de l’élève n’est pas dans son école de provenance ou alors c’est prouvé que le niveau de l’enseignement dans cette école a baissé", précise Germaine Mbayo, secrétaire à la sous division de l’enseignement primaire secondaire et professionnel (EPSP) de Lubumbashi. Mais il faut surtout que l’élève soit muni d’une fiche de mouvement, dûment signée par le service d’identification, indiquant l’école de provenance et celle de la destination".
A divers niveaux cependant les responsables se rejettent la faute. Au service national d’identification d’élèves, Robert Lushima, chef d’antenne de Lubumbashi s’en prend aux chefs d’établissements qui délivrent des faux bulletins : "Ici nous ne vendons pas des bulletins aux individus. Si un élève a un faux bulletin, il a sûrement dû + coopérer + (eut recours à des moyens frauduleux, ndlr) avec des chefs d’établissement". Ces derniers pointent à leur tour un doigt accusateur vers les imprimeurs et les copieurs. "N’importe quel imprimeur peut fabriquer des bulletins. Les photocopies sont partout et les sceaux se fabriquent aussi. Nous ne pouvons pas gérer tout ça à notre niveau", admet, impuissant, Etienne Mulombo, promoteur d’une école privée qui a été victime de cette pratique. "Je suis tombé sur un groupe d’élèves qui avaient des faux bulletins de mon école. On a remonté la filière jusqu’à trouver la personne qui a fabriqué le sceau. Je l’ai traduit en justice", témoigne-t-il.

Un réseau pour freiner la fraude
Un réseau d’écoles primaires et secondaires, pour la plupart catholiques et protestantes, a mis en place un mécanisme qui permet de limiter la fraude et le vagabondage scolaire. Ces écoles se transmettent entre elles les palmarès de chaque année. Ainsi un élève qui change d’école ne pose plus problème parce qu’en plus de vérifier l’authenticité des documents qu’il apporte, on vérifie également son nom et son sort dans le palmarès de l’école de provenance. "Avec cette technique on nous trompe moins, affirme Pétronille, préfet du lycée Hodari. Si l’enfant vient d’une école qui ne nous envoie pas son palmarès, on se donne la peine de descendre dans son école de provenance pour vérifier. Notre institution a toute une commission qui ne s’occupe que de l’étude des dossiers".
Daniel Munakongo, du complexe scolaire Les bourgeons, ne fait pas de quartier pour défendre l’image de marque de son école. "En donnant nos palmarès aux autres écoles, nous prouvons notre volonté de bien former et de ne pas permettre aux falsificateurs de salir notre réputation, déclare-t-il. Nous avons en outre un sceau sec qui ne s’imite pas facilement. Cela nous coûte mais c’est ça qui fait notre fierté. Et chaque année le nombre d’élèves ne fait qu’augmenter car les parents nous font confiance".

ENCADRE

Kolwezi
L’achat de gâteaux obligatoire pour avoir de bonnes notes

A Kolwezi, 300 km de Lubumbashi, une pratique qualifiée de "pédagogie de survie" se développe dans plusieurs écoles de cette ville minière : des enseignants obligent les élèves à acheter beignets, biscuits et diverses friandises qu’ils leur vendent plus cher que sur le marché. "En vérité, je touche un salaire de misère. Je dois donc me battre dans un contexte où la débrouillardise l’emporte sur les structures de l’économie formelle", se justifie A. N, un enseignant qui vend des gâteux à ses élèves.
Elève en deuxième année secondaire, J. B, se plaint : "le titulaire de notre classe dispense des cours importants tels que le français, la géographie et le civisme. Pendant les cours, il remet un gâteau aux élèves et conditionne la réussite à l’achat de sa marchandise". Les enseignants "vendeurs" se recrutent à la maternelle comme au primaire. "Ils sont présents à l’école. Ils ne s’absentent jamais non pas parce qu’ils ont une conscience professionnelle, mais parce qu’ils doivent exercer leur vente", constate M.P., un membre de l’association des parents des élèves de Kolwezi.
La société civile ainsi que les ONG de défense des enfants s’insurgent contre cet état de fait. "L’école doit encourager les activités parascolaires pour les enseignants et sanctionner tout acte qui entrave la bonne éducation de l’élève. Il faut sanctionner ceux qui apprennent la corruption aux enfants", ont recommandé les responsables fin octobre lors d’une campagne de sensibilisation contre la corruption en milieu scolaire à Kolwezi.

Toto Kyanda

Toto Kyanda, Régine Kapinga Kabwe

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Mardi 15 avril 2014 2 15 /04 /Avr /2014 15:38

Kolwezi : se loger, un vrai casse-tête

(Syfia Grands Lacs/RD Congo) Louer un studio à Kolwezi, cité minière du Katanga, est devenu difficile et coûteux. L'afflux des expatriés prêts à payer cher et de nombreux creuseurs raréfie l'offre. Certaines entreprises construisent aujourd'hui des maisons pour loger leur personnel.

A l’entrée de Kolwezi, à 300 km au nord-ouest de Lubumbashi, en venant de l'aéroport, une clôture de fil de fer barbelée entoure une vaste concession de maisons nouvellement sorties de terre. "Ces constructions-là serviront de logement à deux mille expatriés qui travaillent pour le compte de DCP (l’une de nombreuses entreprises minières qui opèrent au Katanga)", explique un aide-maçon qui travaille sur le site. Une autre société minière, Kamoto operating, a elle aussi démarré la construction de logements pour son personnel.
Les miniers veulent apporter là une réponse au problème de logement qui se pose âprement à Kolwezi et aux environs où, depuis cinq ans, le loyer connaît une hausse vertigineuse suite à l'afflux massif des exploitants miniers. Asiatiques, Européens, Américains…payent le prix fort aux bailleurs et ont pratiquement raflé toutes les maisons jadis occupées par les anciens travailleurs de la Gecamines.
Quatre-vingts pour cent de ces maisons sont louées aux investisseurs étrangers venus pour l’exploitation minière ou les activités connexes. Ils ont transformé à leur tour la plupart de ces maisons en Guest house ou en restaurants pour leurs entreprises. Du coup, le prix des loyers a quintuplé voire plus. Et ce depuis la libéralisation du secteur à la faveur d’un code minier controversé élaboré par le gouvernement congolais au sortir de la guerre en juillet 2002, dont la société civile réclame la révision. "Une maison dans les quartiers résidentiels comme Mutoshi, Dilungu, Biashara est passée, en l'espace de trois ans, de 60 à 750 dollars", témoigne Nduwa Tshikuta, un bailleur heureux.

Loger où on peut …
Si les expatriés peuvent payer, ce n’est pas le cas pour les autres habitants et les petits creuseurs venus d'autres coins du pays pour travailler dans les mines. Pour se loger tous les moyens sont bons, pour eux : certains squattent les vestiaires des stades de Kolwezi et les salles de classes abandonnées, d'autres dorment à mêmes les étals des marchés. Malele Kelenga, 35 ans, creuseur dans une mine de Kapata autour de Kolwezi a lui choisi un cercle récréatif. "Je dors ici car je ne suis pas en mesure de réunir le loyer mensuel (70 $) ainsi que la garantie locative que m'exige le bailleur pour un "entrez-coucher", explique-t-il. Alors que pour tout revenu, je gagne 50 000 FC (90 $) par mois".
Musamba Kasanga connaît la même tourmente. Marié, père de quatre enfants, cet ancien agent de la Gecamines reconverti en creuseur, a trouvé refuge avec toute sa famille dans une école primaire abandonnée à Musonyia, à 8 km de Kolwezi. "Avant je résidais dans une maison de la Gecamines qui a été rachetée par un exploitant minier. Le nouvel occupant m'a sommé de déguerpir les lieux", clame-t-il amer. Ils sont ainsi de plus en plus nombreux, ceux à Kolwezi, qui éprouvent d'énormes difficultés pour se loger. Si un petit nombre parmi eux parvient à trouver où squatter, ce n'est pas le cas pour la majorité. Aussi, ne pouvant plus tenir le coup à la cité, se rabattent-ils sur les terres non exploitées où ils créent des "bidonvilles" en dehors de toute sécurité et des normes élémentaires d'urbanisme. "Les gens construisent même à moins de 200 mètres des carrières comme au quartier Kanina 5. Avec tous les risques possibles d'éboulement", s’inquiète Urbain Mbal, un résident.


Parce que les moyens font défaut
A Kolwezi comme dans le reste du pays, le pouvoir d'achat des habitants est très faible alors que les prix flambent. Travaillant aux côtés des exploitants miniers expatriés qui amassent des fortunes, les Congolais se contentent de maigres salaires. Parfois dix à trente fois plus bas que ceux de leurs collègues étrangers à travail égal. "La vie à Kolwezi est plus chère qu’à Lubumbashi. A chaque fin du mois, j’ai l’impression que je ne travaille pas, parce que le logement et la nourriture me prennent tout l’argent...je ne peux pas épargner", se plaint Clarisse Tanga, jeune employée d'une entreprise minière. Ce jeune homme lui aussi s'en plaint : "Je gagne deux fois plus que je gagnais à Kinshasa, mais j’ai l’impression que cela revient au même. Le loyer me coûte…"
Imaginatif, Masengo Kavul, un habitant de Kolwezi, exige de tout investisseur du secteur minier "d’initier un programme de construction de maisons à loyer modéré pour les populations sans grande ressource".

Eliane Tshilobo, Toto Kyanda

Par kolwezinfo
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Mardi 15 avril 2014 2 15 /04 /Avr /2014 15:37

Katanga : les mines envahissent les aires protégées

(Syfia Grands Lacs/RD Congo) Les activités minières s’étendent mêmes dans les zones protégées au Katanga, où les autorités peinent à faire respecter la loi. Des milliers d’hectares de forêts disparaissent, les animaux fuient et les humains s’inquiètent pour leurs terres et leur santé.

Au sud-est de la Rd Congo, dans la province du Katanga, quand un voyageur emprunte la route Kolwezi-Likasi, depuis le pont Lualaba jusqu’au point de contrôle Tenke au nord de Lubumbashi, il est frappé par la dizaine d’entreprises minières installées dans le parc Upemba et dans la réserve animalière de la Kando. Depuis février dernier, Félix Mbayo, directeur provincial de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (Iccn) au Katanga, dénonce la disparition des espèces animales dans ces deux réserves. Des léopards, des antilopes, des civettes, des hyènes et une importante compagnie d’éléphants fuient les bruits d'explosifs utilisés par l’activité minière.
Selon Mbayo, la faute incombe à la collaboration insuffisante des autorités chargées de faire respecter la loi : "Je ne comprends pas la raison d’être des mines dans les aires protégées. Pourtant le cadastre minier (établissement public chargé de la conservation des titres miniers et des carrières en RDC, Ndlr) a, dans son répertoire, des zones protégées." Jean Kalenga, agent à la coordination urbaine de l’Environnement à Kolwezi ajoute : "L’exploitation minière ne poserait pas vraiment problème si le cadastre minier respectait ces zones."

La société civile se mobilise
Groupe Bazano, Tenke fungurume mining, Somika, Phelps dodge… Depuis décembre 2008, des entreprises minières se sont installées dans cette partie du Katanga. Elles font des prélèvements et creusent des trous, dénaturant ainsi la réserve de la Kando. Elles dévient parfois les lits des rivières pour en exploiter le fond et modifient l’aspect du terrain. "L’eau est ainsi polluée. Cela rend impossible la vie des animaux sauvages", affirme Léonie Kamanda, conservatrice en chef de la réserve de Kando, qui redoute une catastrophe. "Allez voir la superficie occupée par ces mines. Une partie du parc est détruite. A Kando, 190 000 ha de forêts sur les 562 500 sont éventrés par les tracteurs", regrette Félix Mbayo.
Les conséquences de l’intense activité minière qui se développe dans le Katanga sont maintes fois décriées par des Ong et des défenseurs de l’environnement. "La dégradation des terres et la déforestation qu’elle engendre détruisent la biodiversité, accentuent la baisse du rendement agricole et exacerbent la pauvreté. Globalement, elles portent atteinte à la productivité et à la santé", explique Jean-Paul Ilunga, ingénieur agronome. Directeur des programmes de protection des écorégions au Congo, une ONG de protection de l’environnement basée à Lubumbashi, Christian Bwenda regrette que l’avancée des mines mette ainsi en péril la vie des animaux et le bien-être des humains. Puisque les entreprises minières paient à l’État une taxe dite de sûreté financière (près de 100 000 $), ce dernier devrait prélever dessus un pourcentage pour restaurer la faune et la flore, recommande Albert Kalau, un géologue.

Manque de collaboration
A Kolwezi, les organisations de la Société civile se disent préoccupées par cette avancée des mines dans les parcs, qui entraîne l’appauvrissement de la population et le tarissement des cours d’eau. Rien n’étant encore fait pour mettre de l’ordre entre les deux ministères chargés des mines et de la conservation de la nature qui collaborent dans l’octroi des carrés miniers, les gens font localement ce qu’ils peuvent pour atténuer l’impact environnemental.
Comparativement aux dégâts causés par les sociétés minières, les reconstitutions de forêts initiées par la coordination urbaine de l’Environnement et les Ong œuvrant dans ce secteur paraissent insignifiantes. A l’image des 500 ha d’agroforesterie et de reboisement réalisés à Kolwezi, Thérèse Lukenge, la ministre provincial de l’Environnement propose "un contrôle systématique de l’exploitation forestière pour réduire les coupes intempestives de bois et la déforestation tant du coté des miniers que des autochtones". Plusieurs mesures de ce genre ont déjà été prises sans pourtant parvenir à freiner l’expansion des activités minières vers les aires protégées, et, aujourd’hui, vers des villages.

Toto Kyanda

 

 

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